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Histoire Géographie

mémoire des Génocides 26/1/2018

Par MARIELLE AGOSTINI, publié le dimanche 7 janvier 2018 09:48 - Mis à jour le jeudi 25 janvier 2018 12:17

 Projection du documentaire "Sur les traces d'Abel et Marcel" de JL TOVAR
 en présence de l'ONAC et de l' ANACR : MM Dupont et Castéra
 pour les 1°L et un groupe de T°L -ES, vendredi 26 janvier de 15h-17h

 

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Les paroles de la chanson de Jean Ferrat « Nuit et brouillard » résonnent encore dans les esprits quand s’achève « Sur les traces d’Abel et Marcel », le documentaire que Jean-Luc Tovar a réalisé sur le voyage d’un groupe d’agents à Buchenwald-Dora, en 2014. Rien ne prédestinait cet ancien agent EDF-GDF responsable des services techniques Ariège-Comminges, aujourd’hui à la retraite, à porter la mémoire d’Abel Sarramiac, ancien comptable de la Compagnie du gaz d’Auch, résistant mort en déportation, et de Marcel Dartigues, un enfant du pays qui, lui, reviendra de l’enfer. Le 30 avril dernier, à l’occasion de la Journée du souvenir des victimes de la déportation, Ciné 32, le cinéma d’art et d’essai militant de la ville d’Auch, a déprogrammé un film pour offrir un écran à cet hommage.

La plaque abandonnée

« En 1993, j’étais président de la SLVie d’Auch nord, raconte Jean-Luc Tovar, quand des agents sont venus me remettre une plaque commémorative à la mémoire d’Abel Sarramiac, mort à Dora en mars 1944, plaque qu’ils venaient de trouver sur un tas de gravats. » L’ancienne subdivision d’Auch sud était en train d’être détruite sans que personne n’ait songé à la sauvegarder. Soucieux de réparer cette négligence, il met de côté cette plaque en attendant qu’elle soit replacée dans le nouveau bâtiment et se renseigne sur Abel Sarramiac, dont personne autour de lui n’a entendu parler. Il rencontre des résistants et découvre qu’un ancien déporté, revenu de Buchenwald en 1943, Marcel Dartigues, a demandé en 1970 que cette plaque soit posée à l’occasion du 25e anniversaire de la libération des camps de concentration.

Elle retrouvera sa place l’année suivante dans le nouvel établissement, au cours d’une cérémonie réunissant la famille d’Abel Sarramiac, des élus locaux et des agents d’EDF-GDF. Jean-Luc Tovar fera un discours dans lequel il s’engagera à organiser un hommage, chaque dernier vendredi d’avril, en mémoire d’Abel. Une amitié va naître avec Marcel Dartigues, devenu président de la Fédération nationale des déportés et internés, résistants et patriotes (FNDIRP) du Gers. La SLVie organisera des voyages sur des lieux de résistance dans le département et dans le Vercors, mais aussi à Oradour-sur-Glane.

Jusqu’au jour où Jean-Luc Tovar proposera d’organiser un voyage un peu spécial : « Il ne s’agissait pas d’effectuer une visite classique de Buchenwald-Dora mais d’aller sur les traces d’Abel et Marcel, de retracer leur histoire et de comprendre ce qu’ils avaient vécu. » Une question : les agents seraient-ils intéressés par ce périple ? Vingt-cinq sont partants pour différentes raisons : « Seul, je n’y serais pas allé », « Je me suis toujours demandé comment ils faisaient pour survivre », « J’en ai beaucoup entendu parler, aujourd’hui, je veux voir ».

Jean-Luc Tovar, agent EDF-GDF puis ERDF aujourd’hui à la retraite, ancien président de la SLVie du Gers (CMCAS Toulouse), réalisateur du documentaire « Sur les traces d’Abel et Marcel ». ©M.Castro/CCAS

Au plus près de la vie des camps

La CMCAS Toulouse appuie le projet. Ne reste plus qu’à monter le voyage. Sur les conseils de Marcel, Jean-Luc Tovar prend contact avec l’Association Buchenwald Dora et kommandos, qui leur propose une guide, Dominique Orlowski. Infirmière, elle s’engage dans la mémoire des camps en hommage à son père, Jacques Pain, ancien déporté qui participa à la libération du camp de Buchenwald de l’intérieur. Elle est l’auteur de « Buchenwald par ses témoins. Histoire et dictionnaire du camp et de ses kommandos » (éd. Belin, 2014). Le hasard veut qu’elle connaisse Marcel Dartigues, qui se trouvait dans le même block que son père. « Grâce à elle et à un spécialiste allemand francophone de Dora qui se ralliera au projet, explique Jean-Luc Tovar, nous découvrirons les camps comme aucun visiteur ne les verra jamais. » Leur visite fourmillera d’explications sur le fonctionnement des camps et la vie au jour le jour, notamment dans le fameux block 34, rendu célèbre par l’esprit de solidarité qui y régnait – ce qui a permis de garder l’espoir et de sauver de nombreuses vies.

Portraits d’électriciens et gaziers résistants (de haut en bas, de g. à dr.) : Abel Sarramiac, Denise Lauvergnat, Henri Bougeard, Corentin Cariou, Frédéric Chazottes, Georges-Louis Verbeugt. ©DR

Abel Sarramiac n’a pas eu cette chance. Résistant, responsable de Libération sud dans le Gers, il avait mis en place une filière pour sauver des Juifs qu’il cachait dans des fermes gasconnes isolées, ce qui lui vaudra de devenir un Juste parmi les nations. Dénoncé par un Français qui avait infiltré le réseau de résistants, il sera torturé et déporté. Il fera partie du convoi des 40 000, transitera rapidement à Buchenwald et sera envoyé à Dora, dans le sinistre tunnel de la mort. Après les bombardements des alliés sur leurs usines d’armement, les Allemands ont rapatrié dans des galeries souterraines la production d’armes et notamment des missiles V1 et V2 destinés à détruire Londres. Plus de 60 000 déportés envoyés dans ces tunnels ne reverront jamais la lumière. Ils travailleront douze heures par jour, vivront sur place dans le froid, le bruit et la poussière. Abel ne résistera pas plus d’un mois. À l’entrée du camp de Buchenwald, une inscription en allemand, prônant l’inégalité entre les hommes, laisse peu d’espoir : « Jedem das Seine » (« à chacun son dû »).

Marcel Dartigues, petit homme au regard si pétillant qu’on le surnommait « l’étincelle », en est convaincu : « Si on raconte ce qu’on a vécu, les gens ne vont pas le croire, c’est trop gros. » Le documentaire de Jean-Luc Tovar aura permis de nous approcher le plus possible de cette réalité et de nous montrer comment la résistance et la solidarité pouvaient s’organiser dans le camp. Tant et si bien que l’un des participants au voyage déclarera : « Contrairement à ce que je pensais, je repars avec un sentiment de vie. »

 

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