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L'art et la beauté.

Par STEPHANE VITSE, publié le mercredi 15 novembre 2017 19:41 - Mis à jour le mercredi 15 novembre 2017 22:58

L'art et la beauté : problèmes et références. 

 

1) L'art est-il imitation ou création ? 

a) L'art doit imiter la nature

- La comédie, l'art du poète et, pour la plus grande partie, celui du joueur de flûte et de cithare, se trouvent tous être des imitations. (Aristote, Poétique I)

- Imiter est, dès leur enfance, une tendance naturelle aux hommes. La preuve en est que nous prenons plaisir à contempler les images les plus exactes de choses dont la vue nous est pénible dans la réalité comme les formes d'animaux les plus méprisées et des cadavres. Une autre raison est qu'apprendre est un grand plaisir pour tous les hommes. On se plaît en effet à regarder les images car leur contemplation apporte un renseignement et permet de se rendre compte de ce qu'est chaque chose ; par exemple que ce portrait-là c'est un tel. (Aristote, Poétique IV)

- Ce qui caractérise la peinture européenne du XIV°siècle à la fin du XIX° siècle, c'est qu'elle se fait sous le principe de l'imitation de la nature. (Arasse, Histoires de peinture, chap 3)

b) "L'art consiste à inventer et non à copier"

- Cette fameuse question de l'imitation de la nature domine tout l'art plastique et inquiète les gens non-initiés. C'est la Renaissance italienne qui, en s'approchant le plus près de cette imitation, a créé la confusion. Le fait de bien imiter un muscle comme Michel-Ange ou une figure comme Raphaël, ne crée pas un progrès ni une hiérarchie en art. Au contraire, l'art consiste à inventer et non à copier. La Renaissance italienne est une époque de décadence artistique ; ces gens dépourvus de l'invention de leurs prédécesseurs ont cru être plus forts en imitant - c'est faux. L'art doit être libre dans son invention, il doit nous enlever à la réalité trop présente. Que cela soit poésie ou peinture, c'est là le but. La vie plastique, le tableau est fait de rapports harmonieux de volumes, de lignes, de couleurs. Ce sont ces trois forces qui doivent régir l'oeuvre d'art. Si, en harmonisant ces trois éléments essentiels, il se trouve que des objets peuvent entrer dans la composition, c'est peut-être mieux et cela donne plus de richesse. Mais ils sont subordonnés aux trois éléments essentiels cités plus haut. (Fernand Léger, Fonctions de la peinture, p 314)

 

2) L'art est-il un langage ? 

 

- La musique commence là où s'arrête le pouvoir des mots. (Wagner, Lettre)

- La plus riche collection de commentaires, par les artistes les plus pénétrés de leur sujet, les plus habiles à peindre en mots, ne saurait remplacer la plus mince oeuvre d'art. Pour exister, il faut qu'elle se sépare, qu'elle renonce à la pensée, qu'elle entre dans l'étendue, il faut que la forme mesure et qualifie l'espace. (...) Toujours, nous serons tentés de chercher à la forme un autre sens qu'elle-même, et de confondre la notion de forme avec celle d'image qui implique la représentation d'un objet, et surtout avec celle de signe. Le signe signifie alors que la forme se signifie. (Focillon, Vie des formes, p.7)

 

3) L'artiste est-il "inspiré" ?

a) L'inspiration

- Ce n'est pas en effet par art, mais par inspiration et suggestion divine que les grands poètes composent tous ces beaux poèmes. Ainsi, les poètes lyriques ne sont pas en possession d'eux-mêmes quand ils composent ces beaux chants. Comme ce n'est point par art, mais par un don céleste qu'ils trouvent et disent tant de belles choses sur leur sujet, chacun d'eux ne peut réussir que dans le genre où la Muse les a poussés. Les beaux poèmes ne sont pas faits par les hommes, mais par les dieux et les poètes ne sont que les interprètes des dieux, puisqu'ils sont possédés. (Platon, Ion, 534)

   b) Critique de l'inspiration.

- L'activité du génie artistique n'est pas le moins du monde quelque chose de différent de l'activité de l'inventeur ou du savant. D'où vient donc cette croyance qu'il n'y a de génie que chez l'artiste (...) et qu'il est divin ? Tout ce qui est fini, parfait, excite l'étonnement, tout ce qui est en train de se faire est déprécié. Or personne ne voit dans l'oeuvre de l'artiste comment elle s'est faite ; c'est son avantage, car partout où l'on peut assister à la formation, on est un peu refroidi. (Nietzsche, Humain, trop humain, 162)

 c) "Je est un autre"

- Vous revoilà professeur. On se doit à la société, m'avez-vous dit : vous faites partie des corps enseignants ; vous roulez dans la bonne ornière. Mais vous finirez toujours comme un satisfait qui n'a rien fait, n'ayant rien voulu faire. (...) Moi, je me fais entretenir ; je déterre d'anciens imbéciles de collège ; on me paie en bocks et en filles. Travailler, jamais, jamais ; je suis en grève. Maintenant, je m'encrapule le plus possible. Je veux être poète et je travaille à me rendre voyant ; vous ne comprenez pas du tout et je ne saurais presque vous expliquer. Il s'agit d'arriver à l'inconnu par le dérèglement de tous les sens. Les souffrances sont énormes, mais il faut être fort, être né poète. Ce n'est pas du tout ma faute. C'est faux de dire : je pense : on devrait dire : on me pense. Je est un autre. (Rimbaud, Lettres dites "du voyant", mai 1871)