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Un lycée ouvert sur les arts

FAVIER- MORELLET

Par admin bossuet, publié le dimanche 10 février 2013 22:03 - Mis à jour le vendredi 26 avril 2013 19:28

Conférence Favier & Morellet

Venez vite découvrir les deux nouvelles oeuvres exposées dans le Vitrine du 3 novembre au 3 janvier 2012.

Le vernissage aura lieu le jeudi 17 novembre à 18h30.

À la suite de la "Conférence de l'escalier" consacrée à la présentation des deux œuvres, voici un résumé de ce moment...

 Philippe Favier – François Morellet

Deux œuvres dans « La Vitrine » du lycée

Des œuvres qui offrent assez peu à voir. Et moins il y a à voir, plus ce que l'on voit prend de l'importance.

Les deux œuvres se présentent comme deux surfaces vierges, sur lesquelles seuls sont visibles quelques traits, quelques tracés. Mais le format diffère : l'œuvre de Favier est verticale, très allongée ; celle de Morellet est un carré.

… quelle différence ?....

Ces détails pourtant changent le sens même du vide qui domine chaque « image » (mais peut-on parler d' « image » ?). Favier donne un indice en traçant autour de la feuille, à main levée, un cadre fin, tremblant comme le trait de son dessin : un cadre et donc les limites d'un espace vide, celui de l'image justement, quand Morellet ne délimite rien. Seul le format de la feuille borde son champ d'intervention et constitue donc un espace littéral : celui d'une feuille de papier blanc. Pas d'image ici.

Le trait tremblant, l'élévation qui s'oppose dans la tradition occidentale au format du paysage (horizontal), une fine ligne sur laquelle reposent d'improbables arbustes minutieusement dessinés, feuille à feuille ; mais une ligne qui finit sa course hésitante dans une chute inachevée et vertigineuse, dans l'espace vierge du blanc, du vide. Où sommes-nous ? Ailleurs, dans un espace rêvé, un monde inexistant et pourtant présent, loin … comme le suggère ambassade dans le titre.

Chaque trait de Morellet est au contraire précis, technique, contrôlé, net. Trois arcs qui se joignent et semblent se refermer autour d'un blanc, presque une forme. Sorte de jeu géométrique dont on cherche la clé en tentant de reconstituer les cercles, de percevoir leur lien logique. Nous ne sommes plus dans le rêve, mais dans l'énigme et l'enquête dont la solution se trouve simplement dans le seul cercle qui reste invisible dans l'œuvre : le cercle inscrit dans le carré de la feuille. Chaque arc appartient à un cercle de rayon identique au cercle inscrit. C'est la règle. Et une fois cette règle fixée, Morellet peut entamer une variation qui donnera la série de gravures dont est extraite cette œuvre.

Le travail de Philippe Favier, ici minimaliste, s'inscrit pourtant dans la cohérence de son œuvre qui partout parle d'une forme d'ailleurs, de distance rêvée et de géographie improbable, d'îles lointaines dans la série Archipel des pacotilles et d'espaces cosmique dans la série Monsieur Vous Trouverez Mon Jardinier Sur Une Nouvelle Planche (moyen mnémotechnique de retenir les noms des planètes du système solaire). « Quant à l'aspect géographique pur, je ne m'en soucie pas en fait. Je sais que ça fera une géographie de toute façon. » dit lui-même Philippe Favier.

Un artiste qui de ce point de vue appartient autant à la tradition d'une géographie intuitive, celle de la cartographie parfois fantasmée du monde comme peut-être l'étaient ces cartes de Christophe Colomb et de tous ceux qui on dessiné la terre sans encore avoir les outils qu'allait forger la formation de l'esprit scientifique au XVIIIe et XIXe siècles, qu'à la tradition picturale du rêve poétique d'un Miro....

Le blanc de la feuille pour Philippe Favier est parfois ce simple écran percé de petits « oculus » avec des « histoires qui commencent mais qui ne se terminent pas » (Ph. Favier).

Un espace artistique aux antipodes de la volonté de neutralisation de tout affect chez Morellet, qui s'exprimait déjà dans les années 70 lorsque l'artiste présentait l'une de ses expositions :

Tenant compte :

  • que les œuvres d'arts plastiques n'ont jamais réussi à transmettre au spectateur le message, la philosophie, la poésie ou même la sensibilité que les créateurs pensaient y avoir mis,

  • que les spectateurs sont géniaux (voir Robert Filliou), mais ont besoin pour déballer leur pique-nique poético-philosophique, d'emplacements vides préparés à cet effet, j'ai (depuis vingt ans) fabriqué des objet inutiles (donc artistiques) caractérisés par l'absence de tout intérêt de composition ou d'exécution et la présence de systèmes simples et évidents faisant souvent appel au hasard réel ou à la participation du spectateur. (François Morellet, Avertissement au visiteur, 1972)
  • J'ai ainsi ainsi réduit au minimum (du moins je l'espère) mon intervention, ma créativité et ma sensibilité, et je peux par conséquent vous avertir que tout ce que vous trouverez d'autre (ne serait-ce rien) hors mes petits systèmes, vous appartient à vous spectateur. »

Une fois le principe posé, l'œuvre est livrée au spectateur qui en devient une sorte d'activateur. Activateur de la littéralité de ce qui est vu et interroge en retour cette perception même.

Cette littéralité c'est aussi un héritage et la tradition dans laquelle s'est consciemment et délibérément positionné Morellet : celle de Mondrian et de sa volonté de réduction de la peinture à ses éléments fondamentaux, libérée de toute fonction figurative ou expressive en termes d'affects ; celle de Malévitch aussi dont le Carré blanc sur fond blanc affirme tout à la fois la fin de la peinture et finalement son mode élémentaire d'existence : celui d'une forme sur un fond, celui-ci serait-il confondu avec celle-là.

Philippe Favier, François Morellet : le rapprochement de ces deux artistes, mais surtout de ces deux œuvres dans la Vitrine avait bien pour objectif de rapprocher deux mode d'existence de la surface, de la page, de la feuille blanche qualifiée par le geste seul de l'artiste qui lui attribue une identité visuelle et iconique.

Il s'agit dans les deux cas de l'exploration d'un territoire vécu comme lieu de projection d'un espace imaginaire ou de l'imaginaire d'un ailleurs (Favier), ou bien vécu dans sa littéralité à conquérir par l'esprit et le regard, par l'acte simple d'une inscription qui interroge cet espace en lui-même (Morellet).

Tous les deux ont une conscience aiguë du fait iconique : c'est à dire du fait de l'image comme espace finalement toujours littéral et qu'il s'agit d'activer par le regard et l'imaginaire. L'image est une proposition imaginaire et non un discours : c'est ce qui fait qu'elle échappe à l'épuisement sémiologique à laquelle peut être soumise l'image publicitaire par exemple ou l'image de communication.

S. Peltier

Pour en savoir plus sur ces deux artistes:

Philippe Favier

François Morellet

 


 
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